10. déc., 2012

Noël après le 21 décembre ?

Noël approche.

Avec son cortège de lumières au moment si proche du solstice d’hiver où le jour est si faible.

Une fête des enfants, même si trop de marchandises, trop de commerces, ont diminué l’espérance des découvertes en devenir.

En Provence, lorsque j’étais jeune il y avait une façon charmante de nommer les cadeaux. On les appelait des « devines ». Il est vrai qu’à cette époque on pouvait encore être surpris.

Aujourd’hui l’illusion des lumières s’est affaissée dans un monde toujours plus lumineux et pourtant de plus en plus mal éclairé...

Peu à peu, le tout économique et sa religion de l’argent roi a éteint nos coeurs d’enfants qui croyaient aux chemins embaumés qui portaient vers l’espérance d’une vie toujours meilleure et plus éclairée. Nos valeurs se sont éteintes aux mêmes rythmes que nos structures familiales. Nous avons cru que l’amour c’était seulement suivre nos élans formés par nos lassitudes et nos passions égoïstes. Qu’il nous fallait d’abord vivre pour ce petit moi dans cette frénésie d’aventure inversement proportionnelle à la lenteur nécessaire au goût de la vie. Faire et encore faire, toujours faire, dans tous les sens faire, compiler actions et dépenses frénétiquement, pour surtout ne plus penser, ne plus penser sans fin. Pulsion de mort. Mépris de nos rythmes, nous sommes devenus les victimes consentantes de nos machines qui ont pris notre travail et se sont emparés de nos esprits.

Mais que dit-il l’écrivaillon face à cette fête annoncée qui ne devrait être que joie ?

Comme je vous envie amis dormeurs qui ne voyez pas plus loin que votre lit. Qui arrivez encore à vivre insouciants devant ce comptage télévisuel des victimes de guerres si proches, devant ce mépris de nos organisations économiques, face au réchauffement climatique ou la déforestation Amazonienne, devant ce « tout économique » qui méprise l’individu au profit de l'industrie financière, face au resurgissement du fascisme et de l’obscurantisme. Comme je vous envie, vous qui croyez encore à cette mascarade de Noël qui fait resurgir à cette époque encore plus qu’une autre, l’éclatement des familles, des enfants tiraillés d’un côté et de l’autre, des absences tellement flagrantes. Toute cette énergie déployée pour essayer d’y croire, se précipitant comme des automates pour se débarrasser de la corvée des cadeaux sans y attacher à chacun tout l’amour nécessaire. Vous savez bien que dans la grande majorité des cas je dis vrai, même si je vous accorde que mon cœur d'aujourd’hui voit un peu le verre à moitié vide, mais une fois n’est pas coutume..

Rien ne me déprime plus que les faux semblants, l’enthousiasme convenu, l’absence d’amour, la lumière qui s’éteint d’une flamme sans espérance.      

Comment ne pas être affecté par ce désir de sommeil d’une humanité qui ne veut pas entendre et qui va mourir de sa surdité ?

Goûtons plutôt que dormir à la saveur de la vie en nous réjouissant de la source qui jaillit, du ciel qui s’enflamme, de cette brise qui frôle les feuilles de l’arbre frémissant de joie, du vent frais sur nos joues, du sable, que nous caressons sous nos pieds face à cette mer, source de tout, qui vient et va, du sourire de l’enfant accroupi qui s’émerveille de lui et de tant de beauté dans ce monde, de l’aimé, avec qui nous croisons le regard, pour tendre vers un horizon inconnu qui n’effraie plus ensemble, des arbres, vrais sages apaisants qui nous parlent du ciel, de Gould, qui nous ballade avec Brahms pour nous changer de Bach, des livres, écrits avant la parole, du cri de joie des hirondelles qui dessinent dans le ciel leur bonheur de vivre. 

Et si à Noël on sortait de la matrice ?