23. nov., 2012

Sur Israël

Voilà bien un sujet épineux que de prétendre écrire sur Israël.

Typiquement celui qui va entrainer une bonne moitié à être farouchement contre l’autre.

J’aurais vraiment envie de réfléchir à ce qui fonde cette passion rendant impossible tout dialogue entre parties qui n’ont que leurs certitudes à opposer, mais il me faudrait écrire mille pages.

Il s’agit bien de cela, aucune place pour la confrontation d’idées.

Il n’est qu’à lire ce qui fleurit sur le net en ce moment, suite aux évènements tragiques entre le Hamas et Israël sur la bande de Gaza, pour en prendre la mesure. Des cartes géographiques affichent notamment,  en dépit de toute vérité historique, comment Israël aurait gagné de plus en plus de territoires au détriment des Palestiniens. Pour ceux qui se posent ce genre de question à laquelle je ne répondrais pas, je les invite à abandonner leurs fantasmes et d'aller sur cette toile qu’ils affectionnent tant (pourquoi pas Wikipédia), pour revoir la réalité historique, et essayer de comprendre ce qui s’est réellement passé sur ce minuscule territoire depuis 5000 ans. Pourquoi, cette terre, ne constituant nation que depuis 1948, réclamée par les trois traditions monothéistes, est tellement déchirée et déchaine tant de passions.

Cette terre, pourtant fondée par un Livre, ne donne plus place à la parole.

 

Et plutôt que de continuer comme je ne puis le faire que piteusement, je préfère donner en partage les mots d’un homme qui n’est plus, mais dont la pensée reste comme une source fraiche intarissable ;

Edmond Jabès, dans le livre de l’Hospitalité écrivait ceci :

 

« Séparer les discours, pour mieux les cerner.

« Au discours antisémite est venu, petit à petit, se greffer le discours anti-israélien.

« Ce discours tente de montrer que chaque juif, au nom de son inconditionnel attachement à Israël, défendra toujours, sans réserve, la politique du gouvernement de ce pays, applaudira à ses décisions, les justifiera quoi qu’il arrive.

« Discours lourd de conséquences et qui tend à démontrer qu’un juif français, parce que juif, est plus Israélien que français. Donc étranger.

«  Ridicule, dira t-on. Et on aura raison.

« Cependant, une question s’impose à moi. Que veut signifier ce Quoi qu’il arrive ?

« J'y réponds, aussitôt car il se trouve que cette question est à l’origine de ma relation à Israël, qu’elle conditionne mes réactions, mes prises de position face à tout ce qui s’y passe et qui frise, parfois, l’intolérable.

« Au nom de quoi ? Au nom, peut-être, de ma solidarité avec son peuple dont le visage est, aussi, le mien, dont les hommes et les femmes ont mon âme et parce que leur avenir est plus menacé que le mien. Au nom, enfin, d’une inquiétude accrue et d’une conviction, que je ne saurais totalement exprimer, mais qui se résume à ceci : Jamais la blessure ne guérira la blessure. Conscient, néanmoins, de la fragilité de cette parole ; attentif, seulement, à son tremblement ; parole ne prenant appui que sur elle même et qui ne peut ni s’imposer ni contraindre mais qui pourrait convaincre, si elle était écoutée.

« Souscrire d’avance, à la politique du gouvernement en place de l’Etat hébreu, n’est-ce-pas réduire, chaque fois, l’image du pays à celle de sa politique du moment ?

« Et si, dans mon for intérieur, je pense que cette politique est détestable, dangereuse, néfaste, pour cet Etat, dois-je me taire ?

« Me taire, au nom de quoi ?

« Me taire serait, d’une certaine manière, approuver, par mon silence, ce qui me heurte et me révolte ; ce, au surplus, que je dénonce et condamne ailleurs.

« Et ce serait une trahison.

« Une parole solitaire ne dit, d’abord, que la solitude dans laquelle elle se débat.

« Mais si cette parole est celle qui sauve, intime parole, à la fois de douleur et de raison ; parole d’appel ? Alors, que cet appel, prive d’échos, rejoigne celui de ces lucides militants, groupés autour de deux mots solaires : Justice et Paix.

« Deux mots, dépendants l’un de l’autre, comme les deux battants d’une même porte. Puissent Israéliens et Palestiniens, ensemble, ouvrir largement cette porte, pour y laisser entrer le jour.

« Simplifier le discours.

« L’axer sur l’essentiel.

« La force est une dangereuse illusion. L’oublier, c’est refuser de regarder la réalité en face.

« A quelle réalité fais-je allusion ? A celle qui déchire un pays sans espérance mais qui, pour sa survie, continue d’espérer.

« Que les Palestiniens, unis derrière le porte-parole de leur choix se fasse entendre, par sa voix autorisée. Que les Palestiniens qui n’ont pas de porte-parole se fassent entendre par leurs blessures. Que les Israéliens qui savent qu’il n’y a, pour eux, d’issue que dans le dialogue, se mobilisent.

« Sans appréhensions ni détours.

« Avant qu’il ne soit trop tard.

« Celui qui accepte le dialogue n’est plus un ennemi.

« La chance de tout dialogue est dans le dialogue même.

« Ne le perdons pas de vue.

« Notre responsabilité nous le dicte. »