20. nov., 2012

Quelle époque formidable !

Quelle époque formidable nous vivons !

Hier je tambourinais contre le sort que nous réservions aux Roms,  même si, comme l’écrivait à leur propos l’excellent Gaspard Proust « Les Roms; Pour des gens du voyage, que de chichis à l'idée d'un déplacement... »Cool , aujourd’hui je m’excite à nouveau à contempler les images de ces délicieux patriotes courageusement masqués pour la majorité d’entre eux, déchainant leur haine  contre les homos qui défilaient et ces adorables créatures à demi-nues, militantes du Femen.

Je me disais que nous devions aller bien mal, pour en arriver là. Frapper sa femme, soit, mais des jolies filles qui ont le bon goût de se dénuder, tout de même, faut-il être bête… Sauvage

Je plaisante, je plaisante, essayant de lutter comme je peux avec mes maigres petits mots contre cette haine que je sens sourdre en moi devant ces brutes lâches, ersatz d’humains, chairs de nazillons à cerveaux barbares d’inquisiteurs moyenâgeux. Mais comme la haine contre la haine n’a jamais faite ses preuves, tant pis pour vous, je me défoulerai ici.

 

Quelle époque formidable !

Parfois j’ai envie d’éteindre tous les volumes qui transmettent ces informations insupportables et m’expatrier dans une campagne isolée et loin de ce monde de fureur et de bruit.

De fureur… Le führer portait bien son nom n’est ce pas ?

Le nazisme serait-il de retour déguisé cette fois en extrémistes religieux ou en biens pensants d’une caste qui ne reconnaîtrait plus que sa norme ? Caste, dont ses représentants n’hésitent pas à frapper les plus faibles sous le seul prétexte d’une différence de préférence sexuelle, ou d’accès aux droits du mariage ?

Tout ça pour ça ?

On pourrait presque se demander si cette religion de l’argent, qui règne en maître absolu sur le monde, ne serait pas à la source de toutes ces expressions de violence d’une humanité qui aurait perdue tous ses repères. Plus de morale, la vraie, celle qui prône la tolérance et l’amour du prochain, pour faire la place aux moralistes inquisiteurs bien pensants qui brûlent les sorcières impunément devant la foule...

Si le diable existe, il doit se frotter les cornes devant cette catégorie d’humains qui résiste continuellement aux messages de paix et d’amour, visant à améliorer à la fois l’homme et la société.

 

Il y a quelque chose qui m’a toujours profondément choqué face à cette capacité d’interprétation humaine passionnée par le contre-sens. Un exemple frappant, qui n’est pourtant pas ma culture, (je n'ai aucune religion) en sont les évangiles. Ce pacte neuf passé entre l’homme et son D.ieu unique. Que l’on soit d’accord ou pas avec celui-ci, que l’on y croit ou pas, qu’il soit vérité ou pas, d’ordre divin ou pas, peu importe, il concerne aujourd’hui près d’un milliard et demi d’individus, ce n’est pas rien, et personne ne pourrait dire que ce texte  n’est pas un merveilleux message d’amour.

On y prône la non violence, la compassion, le pardon, la compréhension, Jésus allant jusqu’à sacrifier sa vie pour sauver l’homme. Quel beau symbole n’est ce pas ? (Quel dommage que les chrétiens n'appliquent pas le christianisme..)

Mon propos n’est pas, bien entendu, d’adhérer ou pas à ce message, ni à son caractère messianique fondé ou non, mais juste d’essayer de comprendre. Comment a t-il été possible sur cette base là, sur le fondement de ce texte d’amour, de trouver justification aux pires crimes (qu'est ce qui est pire que tuer au nom de l'amour?).

Comment on a pu tellement tuer, exterminer, envahir, haïr, rejeter  ??!

Comment l’église a pu tellement laisser dériver le sens de ce texte? Des écrits qui répètent ce commandement essentiel, le premier d'entre tous, après la reconnaissance du D.ieu unique, le plus important, le plus élémentaire, celui qui fonde, qui ordonne; « Tu ne tueras point » Puis ceux qui rajoutent ; « Tu ne jugeras pas, tu aimeras ton prochain comme toi-même »  etc etc.. (Pour les lecteurs intéressés, le livre dont nous parlons est facilement disponible en librairie, c’est même un best seller Clin d'oil )

Pendant combien d’années, de centaines d’années, certains catholiques ont exterminé leurs prochains sur les fondements d'un message  interprété à l’envers ?  

Les islamistes intégristes d’aujourd’hui ne sont ni plus ni moins, les inquisiteurs de l’église catholique d’hier. Le Coran, ou la Torah, réclament un certain niveau d’interprétation et d’études qui pourrait les rendre moins facile à assimiler, raison pour laquelle je choisis sciemment le message du Nouveau Testament. Car ce n’est pas le cas des évangiles, qui prônent l’amour de façon simple et intelligible au premier degré. Etant bien entendu, que mon but n’est surtout pas de hisser un message plus haut qu'un autre, mais juste d’essayer de comprendre les mécanismes de fonctionnement de certains cerveaux malades.

Ainsi comment ? Comment tuer, nuire, jalouser, et cela parfois à peine sorti sur les parvis de l’église ? Comment être raciste, antisémite ou islamophobe, juste après la communion symbolique avec ce D.ieu d’amour ?

A cette question je n’ai aucune réponse, et sûrement pas non plus, celle de la fatalité qui voudrait nous faire imaginer que l’homme est définitivement mauvais et qu’il n’y aurait rien à faire.

L’homme n’est pas plus mauvais qu’il n’est bon. Ce n'est qu'une éponge radio qui reçoit et transmet, en faisant des petits pas en avant de temps en temps lorsque la diffusion est de mauvaise qualité.

Cette question ne se réduit pas bien entendu à la seule problématique religieuse. En lisant Marx par exemple, on se demande bien à quel moment l’esprit de ses écrits se retrouve dans les actions meurtrières de Staline ou de Pol Pot ou de nombre d’autres tyrans se cachant derrière un auteur ou un créateur pour justifier leurs atrocités.

Cessons là, on n’en finirait plus des comparaisons, tant elles sont nombreuses, face à cette caractéristique humaine, cette capacité  de détournement de textes et de sagesses qui prônent le bien pour tous, au profit unique de l’usage d’une doctrine au bénéfice d’un petit nombre d’individus.

L’altruisme au service de l’égoïsme, il fallait le faire.. L’homme l’a inventé.  

Peut-être finalement que l’ultra libéralisme, nouvelle religion mondiale, de cet Homo œconomicus est en passe d’arriver à l’apothéose du contre sens, en laissant aller aussi doctrinairement que les religions, cette part sombre de la nature humaine, faite d’égoïsme et d’avidité.  Cette nature, que les religions et les différentes sagesses humaines, ont toutes, plus ou moins essayé, de maîtriser, d’améliorer, par des codes de conduite de vie sans finalement jamais y parvenir.

Peut-être le déclin a t-il commencé depuis la mort de D.ieu annoncée par Nietzche ? Et l’émergence de ce nouveau dieu au nom de Fric ? Je ne sais pas, je peux seulement exprimer que ce que je vois ne me plaît pas, car peu gage de paix et d’harmonie pour l’avenir, et que tout cela ne devrait pas durer indéfiniment dans cette voie.

Et si cela finissait mal, cela serait vraiment idiot d'être aussi prévisible n'est-ce pas ?Triste

 

 

je ne résiste pas au plaisir de rajouter ce qu'écrit Michel Serres sur le mariage gay, c'est édifiant..;

"Cette question du mariage gay m'intéresse en raison de la réponse qu'y apporte la hiérarchie ecclésiale. Depuis le 1er siècle après Jésus-Christ, le modèle familial, c'est celui de l'Eglise, c'est la Sainte Famille. Mais, examinons la Sainte Famille. Dans la Sainte Famille, le père n'est pas le père : Joseph n'est pas le père de Jésus, le fils n'est pas le fils : Jésus est le fils de Dieu, pas de Joseph. Joseph, lui, n'a jamais fait l'amour avec sa femme. Quant à la mère, elle est bien la mère mais elle est vierge. La Sainte Famille, c'est ce que Levi-Strauss appellerait la structure élémentaire de la parenté. Une structure qui rompt complètement avec la généalogie antique, basée jusque-là sur la filiation : la filiation naturelle, la reconnaissance de paternité et l'adoption. Dans la Sainte Famille, on fait l'impasse tout à la fois sur la filiation naturelle et sur la reconnaissance pour ne garder que l'adoption. L'Eglise, donc, depuis l'Evangile selon Saint-Luc, pose comme modèle de la famille une structure élémentaire fondée sur l'adoption : il ne s'agit plus d'enfanter mais de se choisir. A tel point que nous ne sommes parents, vous ne serez jamais parents, père et mère, que si vous dites à votre enfant "je t'ai choisi", "je t'adopte car je t'aime", "c'est toi que j'ai voulu". Et réciproquement : l'enfant choisit aussi ses parents parce q'il les aime. De sorte que pour moi, la position de l'Eglise sur ce sujet du mariage homosexuel est parfaitement mystérieuse : ce problème est réglé depuis près de 2000 ans. Je conseille à toute la hiérarchie catholique de relire l'Evangile selon Saint-Luc, ou de se convertir."