17. nov., 2012

Foi ou croyance ?

J’ai beaucoup de difficultés avec la croyance.

Qu’elle soit religieuse ou pas. Elle me semble inversement proportionnelle à toute forme de vérité. Elle ne laisse aucune place au doute. Elle se met en jeu, dès lors que nous ne voulons ou ne pouvons pas vérifier, ce que nous affirmons ainsi aveuglément. Nous n’avons pas besoin de croire ce qui est, puisque cette existence même nous dispense de sa croyance. 

Par contre, nous croyons parce que nous l’avons décidé et seulement ainsi. C’est donc obligatoirement une action de l’esprit, contrairement à la Foi, qui elle aussi, comme la croyance, s’applique à l’invérifiable, mais venant d'une autre source que l'esprit.

La croyance, lorsqu’elle est religieuse, dogmatique, trouve son paroxysme en étant vectrice des pires atrocités. Il suffit de faire le bilan des deux milles dernières années pour comptabiliser les horreurs humaines qu'elle a pu produire au service des dogmes religieux ou des doctrines politiques.

Les plus grands croyants de l’histoire n’ont-ils pas été d’ailleurs les plus grands pourvoyeurs de génocides ?

L’immense écrivain Edmond Jabès écrivait ceci :

« Ils prétendaient servir Dieu et mettaient Dieu à leur service. 
Et le sage dit :"Ne l'as tu pas remarqué? C'est toujours au nom d'un dieu-ou d'une idée-de justice et de bonté que l'on assassine, oubliant qu'abattant un homme innocent, on abat à la fois, dieu et l'idée" »

 

La Foi, souvent fiancée de force avec la croyance, n’est pas de la même nature. Elle ne s’impose pas à notre volonté, mais s’en manifeste indépendamment, comme avec une sorte de fatalité. Contrairement à la croyance qui n’admet pas le doute, la Foi émane du cœur, de l’être, et cohabite justement avec ce doute produit de la raison qui devient ainsi sa force équilibrante.

 

Le doute, voilà bien le grand absent inattendu de notre époque moderne.  Car bizarrement, jamais l’homme n’a eu autant de moyens d’informations à sa disposition. Le savoir humain est à sa portée immédiate par la magie de l’internet. Plus besoin d’années de recherches et de voyages à travers les temples dispersés de la connaissance, tout est désormais à sa proximité d’un click.

Trop d’informations a peut-être tué l’information de cette génération de souris que nous sommes qui ne prend plus le temps de la recherche et de la réflexion, temps nécessairement laborieux, en avalant avec gloutonnerie les images et jugeant et condamnant à la vitesse de l’éclair.  

La croissance à nos chimères est proportionnelle à la vitesse avec laquelle nous faisons défiler les pages virtuelles. La Connaissance si proche de nous n’a ainsi paradoxalement peut-être jamais été aussi éloignée.

 

Etrange bestiole que cet humain de peu de Foi..