6. nov., 2012

Samu social tri sélectif...

Je suis enragé. Pas d’humeur. Le genre de soir où il me prend une grosse envie de m’exiler ailleurs que dans une grande ville. Dans un lieu plus calme, loin des excès de la cité, des politiciens véreux et incapables, du clientélisme, de la misère contre laquelle on ne peut rien ou presque.

Dans ma rue de bourge, il y a depuis quelques semaines une SDF.

D’apparence assez âgée, elle porte de jolies chaussures en sacs plastiques de supermarché et arpente en grognant le pavé.

J’ai appelé à plusieurs reprises le Samu Social.

A chaque fois, le même cérémonial ;

«  vous lui avez parlé ? »

« Oui Monsieur. »

« Vous lui avez demandé si elle voulait qu’on vienne la chercher ? »

« Oui Monsieur, mais elle n’est pas en état de me répondre, cette dame est à l’évidence incapable de répondre à quiconque, elle ne se laisse pas approcher, et s’éloigne en vociférant. »

« Alors pas la peine qu’on se dérange, nous on ne prend que les gens consentants. »

 Certes, j’avais compris, mais cette dame, elle est dehors, âgée et à moitié folle. Le mistral souffle fort ce soir, la nuit va être glacée, et ce n’est pas le minuscule gilet sur lequel elle cramponne ses doigts, ni ses Weston en Phtalate, qui vont la réchauffer.

Peut-être devrais-je lui conseiller un jogging pour ne pas céder au froid ?

Et  parce que j’insiste trop, je me fais agresser par l’aboyeur du Samu qui en a assez de mon insistance, et qui oublies le sens de sa mission censée être au service des abandonnés, de ceux qui n’ont rien choisis, sûrement pas de rester seuls dans la nuit et le froid, ceux qui devraient surtout être à l’asile.

Quel beau mot que celui-là, l’asile. Une île, un radeau à l’écart pour reprendre une respiration, à l’écart de ces villes qui te laissent te noyer dans l’indifférence.

Alors j’ai haussé le ton, je suis devenu un ignoble loup gueulard qui n’avait plus que la violence verbale contre la connerie du type, son inhumanité et son absence de compassion, impensable de ce côté là du rivage. Mon cœur s’est mis à battre la chamade, en face de lui j’aurais manqué de retenue.

Je lui en veux autant que je m’en veux de ce qu’il a fait naître. 

Ce soir je suis en rage.