26. oct., 2012

Des Justes

Ayant lu le livre de Madame Yukiko SUGIHARA, "Visas pour 6000 vies", qui relate l’héroïsme de son époux dont je vous disais quelques mots dans mon avant dernier blog, et après avoir vu l’excellent film « Les hommes libres » de Ismaël Ferroukhi, conseillé par l’historien Benjamin Stora, sur l’histoire du sauvetage des juifs pendant l’occupation allemande par la Mosquée de Paris, j’ai eu envie de continuer mes recherches sur ces hommes et femmes libres qui ne se sont jamais résignés à l’horreur nazi.

Sans doute peut-être pour me redonner le moral et le partager avec vous dans notre époque obscure de résignation et de fatalisme.

Evoquer et honorer sans relâche la mémoire de ces humains dignes et debouts qui ont sauvé tant de vies aux périls des leurs est un rempart au pessimisme et à la résignation.

Quels  plus beaux messages d’espérances que ceux-là ?  

Souvent, nous sommes pleins de préjugés, mal ou peu informés. Il faut bien reconnaître que ce n’est pas facile de faire la part des choses dans nos vies soucieuses et agitées, où nous avalons tant d’informations visuelles prédigérées.  

Mais ici peut-être, dans le calme de cette feuille symbolique et de mes petites recherches d’amateur, et grâce surtout à quelques vrais cherchants adeptes de la vérité, comme Benjamin Stora, nous pouvons parfois rétablir la vraie Histoire. Un peu de fraicheur dans cette islamophobie ambiante largement entretenue par les médias qui entretiennent stigmatisations et boucs émissaires.

Le mot terroriste par exemple n’est curieusement assimilé aujourd'hui qu’aux seuls musulmans. Pourtant James Holmes le tueur qui a assassiné 12 personnes et blessé 57 autres, lors d’une projection aux Etats Unis, ou Anders Breivik, qui a massacré  77 personnes en Norvège, et que l’on voit à son procès faisant le signe nazi, n’ont jamais, l’un comme l’autre, été qualifié de terroristes, mais seulement de déséquilibrés ou de fous.

Est-ce que cela ne devrait pas nous interroger ?

 

Le devoir de mémoire rétablit les faits au détriment des croyances, comme lorsqu'on apprend que des musulmans, comme le recteur de la mosquée de Paris; Si Kaddour Ben Ghabrit, a participé pendant l’occupation, au sauvetage de nombreux juifs en les cachant comme musulmans pour organiser leurs fuites.  

Oui mes amis, tous les musulmans ne vivent pas dans la haine des juifs, comme certains auraient parfois trop vite tendance à l’affirmer.

Pour autant, ne tombons pas dans l’angélisme et continuons sans relâche à dénoncer toute forme d’extrémismes, toutes formes d’antisémitismes, toutes formes d’obscurantismes, et l’islamisme a une grande part aujourd'hui, sans pour autant confondre les musulmans avec les islamistes et en luttant contre toutes forme de régression.

Dans cet esprit de mémoire il fallait reconnaître aussi cette période obscure de Vichy. Il fallait s’excuser, au nom de la France, comme l’a magnifiquement fait le Président Chirac. Ma reconnaissance est immense pour cela, d'avoir reconnu enfin la responsabilité de la France pendant cette période, de ce gouvernement honteux de Vichy, mais aussi dans le même temps d'avoir glorifié ceux qui se sont battus pour la France libre, dans l’ombre comme dans la lumière.

La France n’a pas été seulement le terrain de collaborateurs que certains bien-pensants voudraient nous faire imaginer, sinon les juifs français auraient disparus dans des proportions bien plus grandes. Il y eut dans notre pays, des milliers de femmes et d'hommes, des justes, pour certains encore inconnus aux yeux des nations, tant ils agissaient dans une humble discrétion, qui ont participé à sauver l’honneur sali par d’autres en protégeant des vies innocentes.

Et j’ai envie ici d'évoquer les actions de certains d'entre-eux.

 

De citer après Shuine SIguhara, Feng Shan Ho, cet homme merveilleux, consul de Chine à Vienne de 1937 à 1940, qui établit comme Siguhara, des centaines de visas aux juifs autrichiens afin qu’ils puissent fuir l'Autriche.

 

Comment ne pas évoquer aussi le merveilleux Raoul Wallenberg, consul de Suède à Budapest, qui sauva des milliers de juifs en imprimant des passeports de protection qui identifiaient leurs porteurs comme citoyens suédois et les empêchaient ainsi d’être déportés.

Cet homme hors du commun, ira jusqu'à sauter sur les wagons d'un convoi en partance pour Auschwitz, au péril de sa vie, pour distribuer dans la plus grande précipitation aux passagers des wagons encore ouverts ces passeports de protection. De ce train, pourtant sous la garde des milices hongroises (les croix fléchées) et des S.S médusés devant son courage, tous les juifs qui ont pu recevoir ces passeports ont été sauvé de la mort certaine par son geste insensé et héroïque.

Le même Wallenberg louait à Budapest, trente deux bâtiments qu’il déclarait zone protégée par l’immunité diplomatique, où il installait d’énormes drapeaux suédois et des plaques qui portaient la mention « Institut Suédois de recherche », ou « Bibliothèque Suédoise », alors qu'en réalité ces bâtiments hébergeaient près de 10 000 juifs dans l’attente de leur exil ! Cet homme extraordinaire fut finalement malheureusement exécuté en 1947 par les Russes, lors de la libération de la Hongrie, parce qu'ils le soupçonnaient d’être un agent des Etats-Unis.

On estime le nombre total des juifs sauvés par Wallenberg à 130 000 !

 

J’ai envie d’évoquer Carl Lutz, encore un consul, vice consul de Suisse exactement, en poste en Hongrie et qui a sauvé des milliers de juifs en leur fournissant des papiers qui leur permirent d’échapper aux nazis.

 

Célébrer aussi, Angelo Rotta, ecclésiastique au service de la diplomatie Vaticane en poste en Bulgarie qui se dévoua pour sauver des juifs en leur distribuant de faux certificats de baptêmes.

 

Je veux inscrire ici dans cette trace d’encre, Giorgo Pelasca, citoyen Italien, qui pourtant appartenait jeune-homme aux jeunesses fascistes mussolinienne, en poste lui aussi à Budapest comme agent commercial d’une société de Trieste et qui après avoir renié son pays en 1943 suite à la capitulation du Roi d’Italie en faveur de la République Sociale Italienne de Mussolini, obtint la nationalité espagnole et fut employé par le diplomate Angel Sanz Briz pour sauver des juifs. Il dépassa les espérances de son employeur en délivrant des milliers de sauf-conduits. Particulièrement après le départ de Budapest de Sand Briz pour ne pas reconnaître le gouvernement hongrois pro-nazi, Pelasca se présenta frauduleusement comme le remplaçant du consul et rédigea lui même sa fausse nomination. Avec l’aide de Raoul Wallenberg il participa au sauvetage de milliers de juifs en leur attribuant la citoyenneté espagnole. Pour cela il se servit du prétexte d’une loi datant de Primo de Rovera qui autorisait le retour en Espagne des juifs d’origine Sépharade. Lui aussi, comme Suhigara ou Wallenberg, continuera à agir jusqu’aux quais des gares pour sauver le plus de vies possibles. On estime que son action a permis de sauver 5200 personnes.

 

SugiharaWallenberg, Pelasca, Rotta, Feng Shan Ho, ont tous  été reconnus par Israël comme Justes parmi les nations.

Leurs mémoires sont célébrées au musée de Yad-Vashem, qu'il vous faut visiter si vous passez à Jérusalem.

Evoquer la mémoire de ces hommes hors du commun me serre le cœur. Il y en eut beaucoup d’autres bien sur, beaucoup trop pour que je puisse tous les citer.

Après l’émotion de ces évocations, devant tant de courage et de magnifique humanité, tant de foi inébranlable, de combats justes pour le bien et la vie, c'est aussi un message d'espoir dans ces périodes troubles où la peste brune semble reprendre des formes.

 

Concluons par les mots d'Eliphas Levi :

« Il y a un homme plus fort que celui qui tue, c'est celui qui meurt pour sauver. »

La vie rien que la vie.