10. oct., 2012

La fin d'un monde ?

Lorsqu'est survenue la crise des supprimes aux USA en 2008 et que le monde bancaire a failli s'effondrer, j'ai brutalement pris conscience d’une réalité qui m'échappait complètement auparavant.

J'assistais, comme la plupart vraisemblablement, à cette découverte via les médias, de cet incroyable scénario cynique dans lequel les banques mondiales les plus réputées, notamment américaines, mais aussi françaises et européennes, avaient participé.

J'ai mis un certain temps à réaliser ce dont il s'agissait réellement, tant les détails de cet imbroglio financier étaient inattendus et surprenants.

J'entendais bien les commentaires des médias, mais cela me paraissait tellement incroyable que mon esprit n'arrivait pas à synthétiser tous les détails de ces opérations financières qui semblaient menacer notre système économique mondial de s'effondrer. Je pensais que ces opérations n'étaient pas de mon monde, ni de ma capacité à assimiler.

Ce n'est, que lorsque les états ont commencé à renflouer certaines banques dans plusieurs pays, que j'ai fait un effort particulier pour essayer de comprendre, ce ne fut pas facile car les mathématiques et les analyses financières sont loin d'être ma spécialité.

J'avais du temps, alors, laborieusement, j'enchaînais les lectures d'économistes, de philosophes, de politiques, qui s'exprimaient sur cette déroute financière tout en faisant le bilan de ce monde dans lequel nous vivons où le capitalisme néo-libéral est devenu quasi généralisé sauf à quelques rares exceptions près.

 

Mon propos, n'est pas de faire un résumé de mes lectures, mais plutôt de donner mon sentiment. Comme on le ferait avec des amis avec qui l’on s'inquièterait du devenir du monde. Je prends ainsi, volontairement, le risque de propos « de café du commerce », mais en même temps n'étant ni qualifié, ni économiste, difficile de faire autrement.

En fait, à partir de 2008, mon inquiétude est allée crescendo.

J'avais bien constaté que le monde ne tournait pas très rond depuis quelques années. Particulièrement le jour où mon conseiller financier tentait de m'expliquer tous les avantages que j'aurais à investir dans des « Junk-Bonds. » A l'écouter, je comprenais que le monde de la finance était devenu complètement dingue, et que si des gens sérieux avaient l'air aussi convaincu que lui, tout cela ne devrait pas tarder à imploser.

Je n’expliquerai pas ce que sont réellement les « Junk-Bonds »,  pour commencer à avoir peur, il suffit de traduire en français cette appellation, qui veut dire ; obligation pourrie.. Quand un marché vous invente des titres avec un nom pareil, il y a de quoi effectivement avoir les jetons..

Depuis quelques années, je constatais bien un changement de nos structures qui ne me paraissaient pas aller dans le bon sens, mais, étant sorti des affaires depuis quelques années, je me disais que je n'étais plus vraiment dans le coup, car en dehors du système, j'étais assez mal placé pour avoir les idées claires sur les thèmes économiques.


Et  en réalité qu'est-ce qui ne convenait pas ?

Etaient-ce ;

Le pouvoir d'achat dégradé de façon générale ?,

Notre société en déliquescence au plan des valeurs et des idées ?,

Ou encore une classe moyenne trop tirée vers le bas ?,

Ou bien, une classe politique un peu trop corrompue ?,

Ou une montée en puissance des mafias au plus haut niveau ?,

Je ne sais pas vraiment, peut-être un peu tout ça à la fois finalement.


Comme la grande majorité, j'étais dans la plus grande passivité, me disant avec le choeur général, que le monde était le monde, que finalement ceux avec qui je débattais lorsque j'évoquais mes espérances en l'homme devaient avoir raison, que l'homme était bien mauvais, qu'on ne pouvait rien faire ou presque, et patati et patata..

La résignation.


Et puis pourquoi se plaindre ?  

Pourquoi ne pas se réjouir de ce monde merveilleux qui permet à certains d'accumuler toutes ces richesses, plutôt que de se préoccuper des autres, des opprimés comme des chômeurs, des pauvres ou des immigrés, et hypothéquer sur l'avenir d'un monde qui ne changera guère ?

Bien sur...


Surtout que, lorsqu'au vrai café du commerce je continuais à défendre avec vigueur auprès des copains, mon raz le bol du réchauffement planétaire, de l'augmentation du nombre de pauvres, ou de me plaindre de l'état du monde, on me renvoyait inlassablement dans mes buts, enfin, plutôt vers mon train de vie...

Gauchiste plein de caviar que je suis.

Mais l'intolérable et paradoxal cracheur dans la soupe, qui voudrait bien continuer gaiement à accumuler et rouler à tombeau ouvert dans le luxe, ne peut faire autrement que se rendre compte aussi des limites de sa connerie qu'il voudrait partager dans l'espoir de la diminuer.


Mais pour essayer de comprendre, revenons à nos moutons de Wall Street.


La mayonnaise financière après 2008 montait malheureusement plus haut encore que mes craintes, faisant naître après la crise bancaire cette délicieuse crise dont nous nous délectons encore aujourd'hui, dite crise de la dette.

Pour essayer de réfléchir à son origine, et tenter d'en découvrir les causes qui ont permis cette situation, je dus augmenter mes lectures, et visionner tout ce qui était possible sur les crises financières en général et Argentine en particulier, qui ressemblait pour l'Argentine, tout de même pas mal à ce que nous vivions en Europe.


J'allais jusqu'à avaler avec beaucoup de difficultés, certains des économistes qui fondent une part de nos systèmes ou de certaines de nos idéologies, comme Keynes, Schumpeter ou encore Milton Friedmann. Je m'obligeais à lire également, ceux (les économistes), qui influencent nos sociétés modernes, particulièrement en France, comme Jean Paul Fitoussi, Elie Cohen, Jacques Attali ou Alain Minc, entre autres. Conseillers des médias, ils apparaissent à tout bout de champs et quand ce n'est pas sur une chaine c'est sur l'autre. On imagine mal d'ailleurs à quel point une petite poignée d'économistes, sont les invités permanents des médias, et influencent l'inconscient collectif en créant une forme de pensée unique dans l'opinion, mais c'est un autre débat, il faut visionner sur ce sujet l'excellent reportage sorti en salle il y a peu de temps, «  les nouveaux chiens de garde. »


J'ai puisé également chez les philosophes qui réfléchissent ou ont réfléchi sur les fondements de nos sociétés capitalistes libérales, qu'ils font remonter pour certain comme Dany Robert Dufour, à Pascal, rendez vous compte, allons y pour la lecture des pensées, ou à Sade, mais là je vous reporte à la lecture de son ouvrage  « la cité Perverse », ne pouvant donner aucune tentative d'explication, chaque hypothèse sur les sources du néo-libéralisme étant à elle seule l'objet d'un débat.

Si cette réflexion donne l'envie d'aller chercher, il faut le faire, c'est réellement passionnant.


Mais revenons au sujet et allons droit au but.

Ce que je pense, c'est que ce que nous vivons aujourd'hui n'est pas une fatalité, mais le résultat d'un choix idéologique et doctrinaire.

L'homme, ce sacré animal, a choisi (ou pas) d’être égoïste.

Comme l'écrivait Mandeville, traducteur anglais de La Fontaine, dans sa fable des abeilles, qui serait pour certains penseurs le texte fondateur du néolibéralisme ;

« Le vice privé ferait la vertu publique ! »

Ainsi la satisfaction de ses besoins, de son égoïsme, ferait à la fin, selon ce théoricien, le bien général. Ainsi le marché devrait faire loi, comme réglé par une instance divine, s’autorégulant de lui même. Laissons les riches s'enrichir disait-il, les pauvres en profiteront grâce au marché qui s'auto-régentera.

Notre société occidentale, de l'Europe à l'Amérique, est bien réellement fondée sur cette hypothèse d’origine anglo-saxonne. Une théorie déiste qui croirait en la providence comme régulatrice suprême.

Voilà qu'on imaginait le capitalisme a-moralement humain, alors qu’ici son fondement serait défini comme providentiel...


Pourtant dans l'histoire du capitalisme occidental, cela n'a pas toujours été la liberté totale qui a primée sur la régulation.

50 années de stabilité monétaire et économique, que nous devons à Roosevelt, aux Etats Unis, ont suivis les accords de Brettons Woods en 1944. Ce n'est qu'après l'arrivée de Ronald Reagan au début des années 80, que vont être libéré les gardes fous monétaires et fiscaux qui avaient été mis en place par Roosevelt juste après la dernière guerre mondiale, et suite à la grande crise de 1929, pour faire entrer le monde dans l'ère du marché libre.

De ce sacro saint marché, du marché qui s'auto régulerait en vérité absolue.

L'apothéose libérale s'achèvera avec l'arrivée de Georges Bush qui déverrouillera les derniers cadenas de régulation, notamment financiers, pour passer d'une ère capitaliste libérale à une ère capitaliste néo-libérale appelée plus souvent ultra-libéralisme. Ultra car désormais grâce à lui sans limites.

 Essayons de comprendre toutefois par le petit bout de ma lorgnette, comment tout cela s'est traduit concrètement, et particulièrement pour nous en France, grâce à un petit exemple, certes bien réducteur et personnel, mais relativement pragmatique.

Qu'est ce que c'est que ça le néolibéralisme ? Et qu'elle est la différence avec le libéralisme ou plus simplement le capitalisme que nous avions connus avant le vilain Ronald ?

Voyons, comment et de quelle façon, nous en sommes arrivés là, et qu'est ce que cela a changé pour nous.

Pour cela, je vais vous parler de ma petite expérience personnelle, d'un temps ancien où je participais à la vie active, expérience qui fonde ma recherche à postériori.

J'ai travaillé pendant une vingtaine d'années, dans le transport routier de marchandises. Je commençais à travailler en 1981, et je vais vous raconter à ma façon un petit état des lieux de cette époque bénie que je trouvais en entrant, et que je ne laissais pas dans le même état que les WC en sortant.

Et même si le grand méchant socialo, père selon le parti adverse de tous nos problèmes actuels, prenait à la même époque les commandes de la France, on ne vivait pas à mon souvenir sous son règne, chez les Gaulois au pays des soviets.

Comme sous Giscard qui précédait le grand méchant loup socialiste, existait en France une économie capitaliste fondée sur le profit, mais encadrée par un certain nombre de régulations multiples et variées.

Par exemple, dans mon métier, comme dans beaucoup d'autres, il n'y avait pas de vraie liberté tarifaire. Le marché était libre, et les intervenants du marché, libres de travailler avec qui ils voulaient, mais les prix eux, étaient contrôlés et déterminés par l'état par le bief de son ministère des transports.

Pour donner un exemple concret, lorsqu'un client demandait de transporter 20 tonnes de lessives, que l'on fabriquait à l'époque avant la désindustrialisation, encore à Marseille, nous prenions pour établir un devis, un livre officiel, sur lequel était inscrit un ensemble de barèmes, à la fois kilométriques et de nature de marchandises, pour trouver en correspondance le prix que nous devions appliquer pour cette opération. Ce prix était fixé par l’état, aidé par des organismes professionnels, et prenait en compte les charges réelles liées à ce déplacement, en incluant une marge bénéficiaire pour l’opérateur. Incroyable aujourd’hui mais vrai et pas si vieux.

 Bref, le monde commercial était réglementé, mais la vie était belle, et sur cette base tarifaire commune, la différence n'était pas systématiquement au moins disant, constance de la modernité du marché actuel, mais à celui qui offrirait le meilleur service, la meilleure prestation ou le plus beau sourire commercial.

L'avantage de ce système, qui allait devenir vite terriblement démodé, est qu'il préservait un grand nombre d'acteurs intervenants dans ce monde du transport.

Des Centres d'affrètement, superviseurs du ministère garantissait du travail aux petits artisans, aux intermédiaires de commerce en grand nombre, comme les commissionnaires ou les transitaires, qui régulaient le marché, et les transporteurs se souciaient surtout de leur métier d’abord, qui était de transporter dans les meilleures conditions possibles, plutôt que de courir derrière les clients et la productivité.

Cette douce période n'a pas durée, car sont arrivés avec la fin des années 1980, notamment lors de l'alternance du gouvernement Chirac, les chantres du libéralisme qui ont pu enfin mettre en place, ce qui l'était déjà aux USA et en Angleterre depuis le début des années 80 avec Ronald Reagan et Margareth Tatcher, cette sacré sainte loi du marché qui allait s'opposer à l'état providence et régulateur, pour que la liberté devienne enfin la seule reine des échanges commerciaux.

Je précise afin d'éviter toute confusion politicienne, que la gauche socialiste de l'époque n'était pas en totale opposition avec ce désir de dérégulation, bien au contraire. La liberté était de mode.

Cette liberté, appliquée à de nombreux secteurs, dont celui du transport, a changé complètement la donne et le paysage économique de nos entreprises à une allure vertigineuse et très vite incontrôlable.


Au début des années 1990, nous avons assisté en un éclair, aux regroupements des entreprises, à la multiplication et au grossissement des multinationales, et à l'effondrement constant des PME indépendantes.

Là aussi, comme aux Etats Unis, cinquante années de stabilisation et de régulation du secteur se sont vues remises en cause du jour au lendemain par la modernité du libéralisme, tournant brutalement la page des trente glorieuses.

 Triomphe de la modernité.

Liberté oui mais pas pour tout le monde.


Aujourd'hui la PME indépendante moyenne qui bichonnait ses clients, et produisait des richesses locales, a presque disparue.

Restent seulement dans ce marché du transport , quelques multinationales gigantesques et une masse de sous traitants esclaves sans cesse paupérisés par des sièges sociaux déplacés au Luxembourg qui permettent l'embauche de chauffeurs des pays de l'Est aux salaires deux fois inférieurs à ceux des français.

L'Europe sociale n'existant pas, des différences énormes co-existent entre les pays.

Les organisations syndicales du secteur, autrefois puissantes, ont eu beau dénoncer ce système qui paupérisait les entreprises du secteur, mais rien n'y a fait, la poussée du libéralisme a été la plus forte.

Pourtant la volonté de l'état, du politique, aurait vraiment pu changer la donne.

 

Cet exemple du transport n’est pas unique, tous les pans de l’économie ont évolué en ce sens.

Comme par exemple avec le déploiement de la grande distribution les regroupements des entreprises se généralisaient dans l'indifférence générale, comme diminuaient pendant le même temps le nombre d'intervenants. Mieux, ceci se passa avec l'approbation de la grande majorité, et surtout du consommateur, qui allait pouvoir bientôt profiter de ce système en achetant des produits manufacturés à bas prix, sans considérer qu'un jour il en paierait les conséquences.

Cette situation a eu un prix élevé pour certains industriels, qui fut d'abord la réduction de leur parc de clients. Les industriels de l'agro alimentaire le savent bien, ils sont passés d'un compte client de centaines d’entités différentes à seulement 5 ou 6 clients pour la plupart d'entre eux.

La liberté à un prix, qui n'inclue pas la diversité.

 

Cette augmentation de la distribution dans tous les secteurs d'activités a transformé le monde économique industriel mais aussi celui de nos points de vente.

Nous avons pour beaucoup d'entre nous, souvenir de ce qu'étaient nos centres villes d'autrefois.   

Nous avions dans la plupart des villes,  pléthore de magasins multi-marques, qui faisaient l'originalité des centres. Aujourd'hui, lorsque nous nous promenons à Marseille comme à Poitiers, Lyon, Toulouse, nous avons l'impression d'être toujours au même endroit en fonction des enseignes. Le seul changement est d'ordre architectural. Cette généralisation du commerce de proximité, dit commerce de chaine, a généré une augmentation considérable de la valeur des pas de porte, tant les moyens des grands groupes étaient illimitées en regard de leur volonté d’implantation.. Evidemment, le libraire local ou le petit commerçant indépendant avaient tout intérêt a accepter l'offre alléchante des Zara, Mac Donald, Promod, H&M ou autres. Car leur offre d'achat représentait parfois plus de 20 ans de chiffres d'affaires avec en parallèle des propriétaires fonciers qui poussaient à la hausse des loyers qui devenaient intenables pour des activités à faible marge, en fonction du prix moyen de la valeur locative qui ne cessait d'augmenter. Par ici la sortie Messieurs les petits commerçants.

Qui aurait pu résister ?

C'est ainsi, c'est la loi du marché, de ce monde moderne merveilleux que nous avons laissé bâtir et que nous laisserons à nos enfants qui auront l'avantage de se repérer facilement pour leur sortie hebdomadaire de loisir-shopping, la boutique Disney, ils sauront bien qu'elle est au maximum à 200 mètres du Mac-do lui même tout proche de la Fnac et à deux pas de H&M...

La liberté du marché n'engendre pas la diversité, mais la rationalisation et la concentration.

Je ne suis pas un grand amateur de ces concepts.

 

Mais alors, faut il sombrer dans la nostalgie, le passéisme et refuser le progrès ?

Je ne le pense pas mais je regrette simplement et véritablement la diversité, qu'heureusement l’on trouve encore en Italie, mais pour combien de temps ?  Un pays au banc des agences de notation mais qui pourtant fait de la résistance en limitant les grandes enseignes. Rassurez vous,  pas d'illusions, cela ne durera pas. H&M, Zara, Mac Donald, et beaucoup d'autres y sont déjà installés et grignotent pas à pas leurs places.


Voilà ce que produit ce monde du marché global qui favorise les conglomérats, l'efficacité, la concentration, la possibilité d'acheter le plus vite possible pour que nous devenions ce que la loi du marché espère uniquement pour nous, de bons consommateurs lobotomisés aux réflexes pavloviens. Poil au chien.


Ces multinationales sont des entités livrées à elle mêmes, comme l'industrie financière, elles sont sans contrôles. Les actionnaires me direz vous ? Je ne crois pas. Les actionnaires, veulent seulement que l'entreprise, plutôt son action, rapporte le maximum de dividendes. Peu importe l'éthique, même si ici ou là certains patrons n'en sont pas dénués bien entendu, peu importe les méthodes, peu importe aussi que les conseils d'administrations soient complaisant s'ils sont généreux en dividendes, l'essentiel n'est qu'au rendement financier.

Quant aux conseils d'administrations, les mêmes participants s'y retrouvent aux commandes de plusieurs multinationales, servant d'abord leurs intérêts personnels avant ceux de leurs salariés. Il y aurait tant à dire sur la différence de salaire entre les dirigeants et les salariés, différence qui n'a pourtant jamais existé dans ces proportions aux heures les plus inégalitaires de l'ère des grandes familles industrielles du XIXème siècle.

 

Un monde livré à l'avidité. Une explosion de ce vice qui n'a jamais pu s'épanouir autant dans toute l'histoire de l'humanité.

 

Mais quel rapport il y a t il avec ma petite expérience, ma modeste vision, et les crises financière de 2008 puis de la dette de 2011 qui font l'objet de ce questionnement initial me direz vous ?


L'industrie financière dérégulée, fonctionne comme un casino, et ne cesse d'inventer des produits de spéculation qui ressemblent plus aux créations de la française des jeux, qu'à des produits sérieux.

Il faut se renseigner sur l'ensemble de ces système qui permettent de prendre des options à la baisse ou à la hausse sur des montants considérables mais qui n’engagent que sur des portions de ces montants, en jouant sur les valeurs de correction de cours infinitésimales. Circulent sur internet nombre de propositions de ces sociétés de courtage, au passage, toutes basées dans des paradis fiscaux, et qui font une pub incessante pour faire croire que l’on va s’enrichir sans risque ni se fatiguer. Il faut savoir que ces produits existent de manière officielle sur l'ensemble des bourses mondiales et que des millions de transactions s'effectuent chaque jour qui ne produisent aucune valeur ajoutée, à part celle du compte en banque de seulement 5% des joueurs gagnants, car 95% sont perdants.

Pour faire fonctionner ce type de produit, entre autres, des ingénieurs ont crées des machines, ordinateurs aux puissances démesurés. Ces machines traitent des millions de transactions en une seule seconde, elles sont de ce fait en partie incontrôlables. C'est justement aussi cette fulgurance qui est un des éléments qui a transformé le marché. Les cours à la baisse ou à la hausse, arrivent désormais à adopter des lignes relativement cohérentes, crées par la fulgurance des transactions plus que de la part humaine liée aux valeurs en tant que telles.

C'est bien la machine qui prend le pas sur l'homme et non plus la valeur qui devient une donnée accessoire du système. C'est ainsi que des algorithmes prennent le pas sur la réalité des valeurs. Et peu importe qu'il s'agisse de monnaies, de matières premières, ou d'autres choses, seule la variation prime.

Ce propos n'est pas de détruire toute forme de spéculation, car il ne paraît pas illogique que l'on puisse investir sur une entreprise à laquelle on croit, ou parce qu'on a confiance en l'équipe qui la gère et ses objectifs. Ma réflexion est surtout de me révolter contre cette spéculation effrénée sans contrôle et sans morale, crée par une économie néolibérale avide devenue incontrôlable, une spéculation casino.

C’est l'absence de régulation qui a permis ces dérives.


Le plus cynique, est qu'après cette dégringolade des banques, Lehman-Brothers en tête, et du premier assureur mondial AIG qui couvrait leurs opérations ensuite, nous avons assisté incrédules, aux sauvetages des survivants dont Goldman-Sachs et aux renflouements de la plupart des banques occidentales impliquées de manière directe ou indirecte dans cette déroute.

On nous expliquait à grand renfort de communication que c'était pour notre bien, que les sauver, c'était nous sauver nous mêmes, que toutes nos économies occidentales ne survivraient pas sans cette contribution publique, qu'il ne pouvait être fait autrement, et qu'on avait bien de la chance d'avoir des politiciens aussi responsables et clairvoyants qui n'hésitaient pas à mettre la main à notre poche pour sauver ce système.

Bons citoyens passifs, ou bons consommateurs responsables et éclairés, au choix, nous avons largement acquiescé, remerciant cette initiative politique responsable qui allait sauver notre monde tel que nous le connaissions.

Et tant pis si la dette des états allait en prendre un coup, car pour donner cet argent aux banques, argent que les états n’avaient pas en caisse, il faudrait emprunter. Là encore, nous n'avions pas saisi ce qu'était cette dette énorme et grossissante qui restait somme toute une donnée assez virtuelle pour le commun des mortels que nous sommes pour la plupart.

Ensuite, l’incendie éteint, on nous a expliqué que dans ce coup on avait été trop fort car ça nous avait rapporté pleins de sous, vu que les banques nous avaient remboursés vachement vite, rubis sur l'ongle et intérêts en plus.

Deux petites choses nous avaient peut être échappé dans l'euphorie de cette bonne nouvelle ; c'est que l'intérêt sur l'argent emprunté pour renflouer les banques, personne n'en parlait ou presque, et que pour rembourser aussi rapidement l'état, les banques avaient juste fait comme avant la crise.. Aucun changement, les mêmes aux mêmes commandes avec les mêmes méthodes.

Et nos politiques n'ont pas été capables d'imposer un vrai changement à ce système qui a fait naître cette crise. Les incendiaires sont restés et sont toujours aux commandes perpétuant avec le même cynisme, les mêmes opérations sans aucune règles. Impunité totale. Aucun des responsables n'a été condamné, même après les commissions d’enquêtes américaines.

Je me demande encore comment les fervents adeptes du libéralisme économique ont pu justifier leur monde qui prône la liberté économique en valeur absolue, le sacro saint marché, qui déteste et lutte contre l'état providence et qui admet en même temps la participation du même état providence pour sauver son économie défaillante ? Où est la logique ?

Comment on s'arrange de cet arrangement ?

Il serait plus convenable si l'on veut une économie libre qui s'auto régule, qu’elle se débrouille seule quant elle est dans ses propres difficultés et laisse faire son merveilleux marché la sauver d'elle même.  

Car au final, c'est tout le monde qui a payé et paye encore pour un seul monde. Un monde, l'industrie financière, il s'agit bien d'une industrie aujourd'hui, et la plus grande, qui n'est plus au service de l'économie et des citoyens, son métier d'origine, mais qui met l'ensemble du monde à son service et les politiques à sa botte tant sa puissance est pleinement affirmée.

Il n'est qu'à compter le nombre de conseillers financiers du gouvernement d'Obama actuellement encore aux meilleures places à la maison blanche qui l'étaient étonnement déjà sous Georges Bush (cherchez l’erreur), et qui ont pour un grand nombre d'entre-eux toutes les responsabilités de la crise de 2008 ! Le premier en tête étant l'ex Président de Goldman-Sachs Henry Paulson. Je vous invite à visionner l'excellent film « Inside Job » vous aurez tous les détails.  

Pas de complot bien sur, sauf peut-être celui inhérent à la nature humaine, que plus aucune morale religieuse, sociale ou républicaine, n'arrive à limiter, qui est celui de l'avidité !

L'état du monde est celui là le vice et l'avidité règnent en Maîtres et nous font assister au désastre annoncé. A croire que l'on veut à tout prix avancer la fin du monde.

Espérons que ce ne soit que la fin d’un monde.. ?


Laissons le dernier mot à Georges Steiner  par ses paroles justes et espérantes:


‎"Notre comportement social, politique et même familial fait encore trop de place au sadisme, à la tromperie, à un intellect primitif. Notre cupidité, notre soif de massacre, parait sans fin. La puanteur de l'argent infecte nos vies. Mais quand nous produisons un sonnet de Shakespeare, composons une messe en si mineur, ou bataillons, au fil des siècles, aux prises avec la conjecture de Goldbach ou le problème des trois corps, nous nous transcendons. Alors, en vérité, il n'est point de "plus grand prodige que l'homme"