26. août, 2012

Belle du Seigneur

Je pense souvent à Albert.

Albert Cohen.

Je relis inlassablement Belle du Seigneur.

Je redécouvre toujours quelque chose de nouveau dans cette lecture ininterrompue.

Jeune homme, je n’arrivais pas à entrer dans ce livre tellement lu dans le monde, je trouvais les premières pages si rébarbatives, que je le reposais sans comprendre ce qui faisait l’engouement qu’il déclenchait. Ce n’est que bien plus tard, vers 33 ans je crois, que je l’emportais avec moi pendant des vacances à la montagne et que je plongeais en lui. Plonger est le bon mot, tellement ce livre m’a emporté à la fois en moi et en lui, déclenchant des torrents d’émotions et un bouleversement tel, qu’il y eut un avant et un après lui.

Beaucoup pensent que ce livre est un livre d’amour. Ils se trompent, c’est un livre sur l’amour. Ce n’est pas la même chose.

Cohen explore tous les mécanismes des pauvres humains que nous sommes dans ce ballet, et comme le dit Lanzman, avec un regard méchant mais un cœur toujours bon.  

Après ma première lecture, je voulais partager mon enthousiasme et ma passion  avec tous ceux qui m’approchaient. Je ne pouvais supporter la moindre critique, critiquer cette œuvre c’était me critiquer moi, tant je me sentais proche de cette pensée, tant je reconnaissais Albert fraternellement dans ce même regard sur la vie, tant je ressentais cette même recherche de l’humanité  de son héros Solal qui l’espère partout.  Une humanité qui combattrait enfin son pouvoir de nuire, de détruire, de tuer, pour devenir inoffensive et enfin connaître. Connaître ne serait-ce pas d'ailleurs aimer vraiment ? Une humanité qui serait plus à l’image d’un de ses valeureux, le tendre Salomon  vendeur d’eau d’abricot, Salomon, son cher petit chou, plutôt que celle si brutale et meurtrière  qu’elle donne à voir, surtout à l’époque de ce livre où le mal absolu étendait sa toile du nazisme.

Après cette lecture, dans un élan passionné, je partais seul à Genêve pour une semaine, allant sur ses traces, son épouse Bella était encore en vie à cette époque, et je me retrouvais au pied de son immeuble, le doigt sur sa sonnette, me ravisant finalement, pourquoi importuner une vieille dame? J’allais au cimetière juif,  faisant ouvrir sa porte pour me recueillir sur sa tombe. 

Tant de passion digne d’une groupie pourrait paraître excessive. Mais je ne me posais pas la question, j‘étais tellement touché, que c’était mon petit hommage, mes remerciements à titre posthume  connus de moi seul, pour cet homme et son œuvre qui m’avaient tant apporté.

Si vous ne l’avez pas encore lu, comme je vous envie de ce plongeon neuf à venir et de toucher bientôt ses pages les unes après les autres pour la première fois..