30. juil., 2012

J'aime pas les bourgeois...

J’aime pas les bourgeois.

Triple zut, voilà c’est dit. Et pan, je te perd un quart de ma clientèle pour quatre malheureux mots et une lettre apostrophée. Ben oui, j’en connais des tas de bourgeois, alors tu penses, c'est malin tiens.

Et puis en plus de bouder mon blog, je vais plus être invité. Non que j’adore me taper des soirées concours de lieux communs ou de noms propres, (Tu l’as connais madame Machin ? Mais oui tu sais bien, la femme de truc ! Mais non pas truc le chirurgien non truc qu’à l’entreprise bidule et compagnie..), quand même ça fait plein de repas gratos qui vont me passer sous le nez pour mes états d’âmes réduit à 4 pauv’ mots de rien.

Bon allez, c’est pas tous les bourgeois que j’aime pas non plus, c’est le bourgeois conformiste qui me titille et pas celui qui vit comme un gentilhomme qui a du champs (pas de carottes mais la pensée large, du champs quoi). Par exemple, tiens moi je vis comme un bourgeois mais j'en suis pas. Oui bon je sais, c’est compliqué. Mais aussi il fait chaud, et comme justement il fait chaud, j’ai mis la clim, et ça c’est un truc de bourgeois, pourtant je dénonce les méfaits de la clim, et ça c’est pas bourgeois. Allez comprendre.. Mais ne confondons pas, certains nantis vont te dénoncer la clim mais juste parce qu’ils sont radins. Par exemple, l’aristo est radin. Ma copine aristo (Framboise)  me racontait que quand elle était petite au château (oui parce qu’un aristo qu’habite pas au château faut lui demander ses papiers d’aristo), son papa pour faire des économies, il mettait du papier journal aux toilettes, comme ça les bambins (toujours très nombreux chez les aristos souvent cathos-intégristes) usaient pas des tonnes de lotus trop doux pour les fesses. Il était pas con papounet, parce qu’essayez de vous essuyer avec du papier journal vous allez voir que vous allez plus gaspiller. Pendant que papa empilait les feuilles du figaro sur la tablette des waterclosets, maman elle rangeait le pain frais du jour dans le placard cadenassé pour servir à table le pain de la veille. Jamais de pain frais du jour, parce que c’est bon, et comme c’est bon on en mange trop. L’aristo est un adepte de la retenue (en même temps il a des frais, vous savez que ça coûte un bras d'entretenir un chateau?), et il est souvent maigre, contrairement au bourgeois qui est gros. Vérifiez vous verrez..

Aujourd’hui comme je m’embêtais un peu, et que j’en voulais aux conformistes qui m’avaient un peu trop serinés les oreilles ces derniers temps, je me suis dit, tiens, toi aussi, tu vas faire ta journée lieux communs, pas de raisons qu’il n’y en ait que pour les autres. Z-avez vu comme je démérite pas? je fais bien dans le genre non? Les bourgeois sont gros et conformistes et les aristos maigres et radins. Si vous êtes dans une des deux catégories, fallait pas me lire, j’avais mes humeurs. Mais peut-être êtes-vous l’exception qui confirme la règle ?

Bref, pourquoi vous disais-je toutes ces choses passionnantes?  Oui je sais, l’autre jour j’étais à un mariage ( Pas celui du Queyras pour ceux qui suivent mais un autre). Moi j’aime bien les mariages, mais surtout quand c’est moi le marié. Quand c’est les autres, et qu’en plus je ne connais pas trop de monde, je ne suis pas à mon aise, limite de mauvaise humeur. Et puis, maintenant que je suis vieux (enfin pas si vieux non plus !), et que je ne vais plus aux mariages de mes amis mais à celui de leurs filles ou de leurs fils, alors là ça craint encore plus. Tout ce bonheur confronté à mon âge qui ne cesse d’augmenter, rendez-vous compte la soirée pourrie.

Bon, bref, je disais, j’étais à un mariage, et j’arpentais les buffets cherchant comme tout le monde, le plus intéressant, tout en étant obligé de marquer des pauses à chaque fois qu’une connaissance m’interpellait. Le désavantage de cette interpellation était que je voyais le tas de canapés appétissant que j’avais mis une heure à dénicher, descendre dans des proportions alarmantes, pendant que mon interlocuteur me racontait des choses inintéressantes que de toutes façons je n’écoutais pas.

Bien entendu, comme à chaque fois, se rajoutait à notre duo des convives qui s’emmerdaient et voulaient former une équipe (ou un groupe de paroles avec nous), alors que je ne pensais qu’à une seule chose me jeter sur ces pruneaux enrobés de San-Daniele qui fondaient à vue d’œil.

Et patati et patata, jusqu’à la question fatale d’un convive que je ne connaissais pas, «  et vous alors vous faites quoi dans la vie ? »  Merde, voilà qu’il fait semblant de s’intéresser à moi, alors que cela faisait une heure qu’il ne me parlait que de lui. Heu.. Ben moi, rien, enfin pas grand chose. Non mais merde je ne vais pas te parler de moi en plus, d’autant que t’en as rien à faire, et que si je te dis que je suis écrivain, je vais avoir droit à la sempiternelle remarque, "ah bon ? Mais qu’est ce que vous écrivez ???"

Ben.. Des mots mon garçon, j’écris tout un tas de mots tu vois, les uns à la suite des autres..  Alors non, je préfère lui dire que je fais rien, ce qui fait décamper en général rapidement le membre de la tribu de ceux-qui-font-et-cherchent-à-savoir ce que font les autres, et qui veulent renifler si toi, t’es un de leur clan, rapport au poids de l’estimation de ta puissance face à la leur. (T’es riche ? t’es puissant ? t’es dans la politique ? tu fais du sport ? c’est quoi ta voiture ? et ta femme c’est qui ?  T’es quel genre de babouin toi que je sache si c’est intéressant de parler avec toi ?

Moi ? Mais moi je fais rien moi Monsieur, je fais rien ou en tous cas pas grand chose, du genre contempleur qui compte le temps..

Je sais. C’est mal.

Enfin débarrassé du gêneur, ma main put se tendre avidement vers le dernier pruneau au jambon, étant déjà attirée par l’autre table ou un cuisinier rôtissait de délicieux petits foies gras poêlés qui me suppliaient grassement de les grignoter au plus vite. Problème, il y avait au moins deux rapaces sur la route qui me séparaient de cet endroit merveilleux qui allaient sûrement me chopper en chemin. Ca ne loupait pas. Un inconnu, ami du rapace connu, me posait d’emblée la question qui fâche, tu-fais-quoi-dans-la-vie-toi ? Là j’y suis allé direct, uppercut sanglant, plus de temps à perdre, j’avais trop faim.

Moi ? Je suis le mari de la dentiste là-bas..

Il encaissait mal le bougre, et me tournait les talons aussi sec.

Génial je me jettais sur le foie gras, un vrai délice, encore meilleur de m’être débarrassé aussi vite de cet empêcheur de mastiquer en solo. Pas le temps de m’étourdir de l’oie cirrhotique que voilà l’ami Michel, pas vu depuis cinq ans, qui me tapait sur l’épaule.. Non ? Toi ? Adios ami foie gras.

Comment vas tu l’ami ? Ben moi super et toi ? Tu connais mon ami François ? Heu... non ! Comment ? Tu ne le connais pas ! Mais tu dois le connaître ! François a cette entreprise très réputée, fleuron de notre bonne ville, il faut absolument que je te le présente.. (sic non, pitié non , présente moi plutôt ces magnifiques beignets de crevettes à la thaïe là bas)

Bonjour François… Bonjour Rémy. Et vous Rémy qu’est ce que vous faites ? Me dit le saint même pas assis(e), à la troisième poignée de ma main qu’il n’arrivait plus à lâcher..

Je lui rétorquais un petit tac au tac bien sec, car là j'étais à bout, plus de pitié, j'aurais tué père et mère pour bouffer, deux heures debout, l’église avec le sermon à 39 degré Celcius, c’était trop…

Moi ? Je suis juif.. Dis-je avec un petit sourire mièvre et pervers, les yeux baissés.

Il écarta ma main comme s’il découvrait que j’avais la peste et s’en alla illico, vexé de cette plaisanterie douteuse. Heureusement que je n'étais pas dans le commerce parce que je venais de rejoindre sa liste noire.  

Les bourgeois en plus d’être gros et conformistes,  Ils n'ont pas d’humour.