11. mars, 2015

Manuel Poujol Marcelli

Manu. Manuel. Je veux laisser ici la trace de ton nom. Je n’accepte pas ta mort. Je n’en accepte aucune d’ailleurs. Je ne sais si une forme de vie continue après celle du corps mais je crois à la trace, celle qu’on laisse par nos actions, et celle de l’encre qui perdure même si elle s’efface lentement, comme celle indélébile que nous portons dans nos cœurs et qui passerait comme une mémoire de l’eau, d’âme en âme, vers ceux que nous avons connus, aimés, que nous avons caressé de nos ailes laissant un peu de nous sur eux par ce frôlement.

Ce qui fait de nous, comme tu l’affirmais pour toi, des éternels nomades sur la route à l’image de cette carte du tarot de Marseille, arcane sans nombre, nommée le mat, le fou à laquelle tu t’identifiais. Son interprétation, comme nous le rappelait ton ami pour ta cérémonie d’adieu, est qu’elle signalerait l’individu accompli, prêt à prendre les sentiers de la liberté, sentiers que tu as emprunté désormais libéré de l’entrave de ton corps.

Pourtant nous nous restons là, encore dans nos corps, le cœur lourd, partagé entre l’injustice de la séparation et la nécessité d’accepter l’inéluctable, et nous devons garder l’espoir. Continuer sans relâche, cette vie qui nous échappe avec au bout ce même destin commun, plus ou moins tard selon le hasard où je ne sais quelle nécessité. Incompréhension, difficulté d’accepter cette séparation quand elle arrive trop tôt.  Mais qui peut dire  que l’heure est la bonne ?  

A voir tous les regards de tes amis, tous ces frères humains dans la douleur de ta perte, je n’arrive pas à comprendre pourquoi nous passons tellement de temps ici dans ce monde tellement emplit de beautés à nous déchirer, je ne saisis pas cette drôle de nature qui nous rend capable du meilleur comme du pire. Un pire que nous devrions éviter en percevant seulement en empathie ces autres nous-mêmes appelés à la même finitude. Au lieu de cela, la haine pèse de plus en plus lourd, les hommes s’entretuent, se déchirent partout dans notre monde, se font tellement de mal.

Drôle de vie, drôle d’animal que cette créature consciente qui passe le plus clair de son temps dans le déni, la fureur et la pulsion de mort.

Manuel mon frère, je refuse ta mort, comme celle de Daniel qui te précédait dans le voyage quelques mois plus tôt. Déploies pleinement tes ailes désormais et parcours ces contrées infinies, je veux croire que nous nous retrouverons d’une manière ou d’une autre pour voler ensemble. 

Au-revoir mon ami mon frère.