25. sept., 2014

Hervé

Longtemps que je n’avais pas divagué.

Je n’y voyais pas d’intérêt, exposer une fois de plus mes états d’âmes, à quoi bon ? Mes cris pour célébrer la vie trouvent peu d’écho dans cette ambiance mortifère de fin de civilisation.

N’avez-vous pas l’impression comme moi, que plus le temps avance, la technologie et les communications évoluent, et plus nous nous perdons  dans ce magma d’informations ?

Je sombre pourtant malgré ce sentiment, dans l’addiction à ce brouhaha qui me met trop souvent devant cet écran si lumineux et sombre à la fois.

 

Que faire alors ? On a beau  essayer de se préserver au maximum de toute passivité face aux horreurs diffusés par ces informations qui relatent jours après jours toujours plus de drames obscurantistes, même en s’interdisant toute image, elles gagnent sur notre piteuse résistance en nous entrainant peu à peu vers la désespérance.

Je me surprends comme un vieux bougre à râler de plus en plus sur ce monde et ses gens, moi qui n’aspirais qu’à me réjouir et célébrer la vie.

Nostalgie du temps de l’insouciance, du temps où, moins pessimiste  car moins instruit (le pessimiste n’est qu’un optimiste mieux informéCool), j’arrivais à espérer toujours en des jours meilleurs, et contempler les ciels, les oliviers, les cyprès, les mers, sans me soucier totalement de ceux qui ne pouvaient les voir.

 

Tous les jours je voudrais me dérelier de ce support de communication, me défaire de tant de ces choses inutiles et encombrantes, me contenter toujours plus de ma solitude grandissante, et tous les jours, par manque de courage sans doute, je ne m’y résous pas, trouvant plus de qualités que de défauts à ce fil avec les autres, tous les autres, de plus en plus d’autres.

Comme celles de redonner ce  qui ne m’appartient pas et que j’aime, ces paysages ou ces textes que je traverse et que je voudrais faire aimer comme je les aime, ces couleurs, ces oliviers qui ploient de leurs fruits ou frétillent du mistral et même si je pouvais, la caresse de ce vent frais sur mes joues que j’aimerais tant que l’on sente avec moi.

Me relier dans et avec cette chaîne humaine, (quel formidable moyen cela pourrait être) alors que dans un Orient si proche, certains fous s’emploient jours après jours à séparer par la haine jusqu'aux meurtres les plus horribles.

Ainsi ce matin, après ce goût amer de trop, de cet homme, Hervé assassiné, pas parce qu’il était français comme moi, mais parce qu’il était un homme comme moi, qui aimait la vie comme moi, la montagne, la marche, la photo, parce que je me reconnais en lui, parce que je suis lui et que la barbarie l’a tué pas pour ce qu’il avait fait mais simplement parce qu’il était.

Hervé, mon frère, je pleure ton insupportable disparition, je me demande quel est ce monde qui fait se lever siècle après siècle toujours les mêmes obscurs et toujours les mêmes haines.

J’imagine ce qu’ont du être tes dernières pensées, comment tu as du regretter de t’être égaré dans ces montagnes si belles, si sauvages, dans lesquelles ta route a croisé ces vrais sauvages, ces barbares sans humanité qui ont volé ta vie.

Bien sur, j’ai envie de répondre à la haine par la haine, j’ai envie d’éradiquer tes assassins de rayer leurs noms de la liste des vivants, d’accompagner les bombes que va envoyer l’occident sur leurs sales têtes de nazis enturbannés, et en même temps je sais que la violence ne rajoutera rien de bon à la violence.

Alors je ne peux que rester, à part ces quelques piteux mots que je te dédies Hervé, dans le silence et le recueillement de mes pensées vers toi.

 

  

 

« Fumée. Fumée. Le ciel est gris. La terre et la mer également.

Ce qui empêche la nuit de s’unir au jour est une mort sans précédent que toute la grisaille du monde vient élargir.

Ô douleur ! Abîme !

Lequel d’entre nous parviendra à décrire ce qu’il sait avoir vu et que dissimule cette fumée ? Ce qui, au fond de lui-même, se signale par son obsédante présence et qui, obstinément, repousse le regard ?

Cendres. Cendres.

Ah n’aimer que ce qui ne vit que pour soi, afin de ne pas être, trop tôt, emporté avec ce qui meurt. »   Edmond Jabès "Le livre du Partage "